Mercredi 15 février 2017 — Dernier ajout mercredi 8 juillet 2015

L’abbatiale Saint Pierre d’après RANJARD Enregistrer au format PDF

Le monument le plus intéressant de Preuilly, et l’un des plus beaux édifices religieux de la Touraine, est l’église abbatiale Saint-Pierre aujourd’hui église paroissiale. L’abbaye bénédictine de Saint-Pierre de Preuilly fut fondée en 1001 par Effrov, seigneur du lieu, achetée par Gausbert, abbé de Marmoutier et donnée par lui à Joseph II, abbé de Saint-Julien de Tours. L’église fut consacrée en 1009 par Archambault, archevêque de Tours, et placée sous le vocable des douze Apôtres et plus spécialement sous celui de saint Pierre, mais cette date, gravée au xviiie siècle au-dessus de la porte occidentale ne peut s’appliquer à l’église actuelle. Le premier abbé de Preuilly fut un moine nommé Amblard, que le trésorier de Saint-Martin, Hervé de Buzançais, fit venir du monastère de Maillezais. En 1025 l’abbaye de Saint-Pierre fut séparée de celle de Saint-Julien et devint autonome, et elle ne tarda pas à accroître ses possessions qui devinrent rapidement considérables, grâce à la munificence des seigneurs environnants. Pendant les guerres de Religion, en février 1562, elle fut saccagée et son chartrier presque entièrement détruit. Par la suite l’abbaye perdit peu à peu tous ses domaines. En 1789 ses revenus suffisaient à peine à l’entretien de quatre ou cinq religieux. L’abbaye de Preuilly portait pour armoiries : « De gueules à deux clefs d’or en sautoir. » Reconstruite vers 1130, l’église Saint-Pierre fut restaurée au xve siècle, en 1846, 1872-74 et 1932. Elle comprend une nef accompagnée de deux collatéraux dont le méridional est plus étroit que l’autre, un transept dont chaque croisillon est accompagné d’une absidiole précédée de deux travées droites, un chœur et une abside entourés d’un déambulatoire d’où rayonnaient trois absidioles dont celle d’axe seule a subsisté.

Extérieurement l’intérêt se porte d’abord sur la façade occidentale amortie par un haut pignon. A la partie inférieure, formant soubassement, s’ouvre la porte en plein cintre à deux rouleaux, dont le premier retombe sur les chapiteaux, ornés d’entrelacs à gauche et de figures grotesques à droite, de deux colonnettes cerclées au tour. Au premier étage, une large fenêtre médiane en plein cintre est accompagnée de chaque côté par une arcature de deux arceaux retombant sur une haute et élégante colonnette. Sur les flancs une fenêtre plus petite, dont la gauche est condamnée, correspond à chacun des collatéraux. Le second étage est formé d’une arcature aveugle retombant sur des colonnettes et qui se développe sur toute la largeur de la façade. Une fenêtre géminée domine cette galerie. Il est à noter que le pignon a été exhaussé dans une reprise postérieure à la construction de l’édifice et que primitivement, les versants du toit formaient un angle moins aigu.

Les murs goutterots de la nef sont soutenus par d’énormes arcs-boutants montés au xve siècle, dont l’un, au midi, porte un blason peint, meublé de trois trèfles sur champ de gueules qui est celui des Gallifet. Ils sont décorés au-dessus des fenêtres d’une arcature aveugle qui se retrouve également à l’abside. L’ensemble du chevet a été l’objet d’une réfection totale plus inspirée de l’imitation d’églises du même type que par le souci de la restitution de l’état antérieur. Le clocher moderne dépare l’extérieur de l’abbatiale. Primitivement deux tours devaient flanquer l’église, dominant chacune un bras du transept. La tour nord seule fut terminée. Mais elle s’écroula en 1867 lorsqu’on démolit, pour la dégager, des bâtiments qui la butaient. Elle fut reconstruite en 1873 et couronnée d’un toit polychrome du plus déplorable effet.

A l’intérieur, la nef a cinq travées. Les lignes des piles ne sont pas rigoureusement parallèles et les deux dernières piles droites sont plus écartées l’une de l’autre que celles qui leur font face à gauche. Ces piliers, carrés dans la masse, sont cantonnés de quatre colonnettes engagées, dont deux vont supporter les doubleaux des voûtes. Les chapiteaux sont décorés avec variété de feuillages, de personnages et de figures fantastiques. La voûte est un berceau en plein cintre et détermine une poussée énorme qui a rejeté les murailles hors de la verticale, et nécessita, au xve siècle, la construction des gros arcs-boutants. Les nefs collatérales sont couvertes de demi-berceaux soutenus par des doubleaux en arc brisé dans les trois premières travées, en plein cintre aux deux suivantes, extradossés d’un mur diaphragme. Au mur ouest du collatéral sud et sur le fût de la colonne engagée supportant la première arcade, on voit les restes d’une litre seigneuriale avec un double blason dont celui de gauche porte : « De gueules au chevron d’argent accompagné de trois trèfles d’or », qui est de Gallifet.

L’axe du transept n’est pas perpendiculaire à celui de la nef. La croisée est voûtée d’une coupole sur pendentifs renforcée par huit branches d’ogives et a été refaite en 1932. Les deux croisillons sont couverts d’un berceau en plein cintre et se terminent par une travée formant chapelle. Reliées au transept proprement dit, celle du nord par deux arcades, celle du midi par une seule, ces deux chapelles terminales sont surmontées d’une tribune. Elles se prolongent l’une et l’autre à l’est et sont terminées de ce côté par une absidiole qui est une reconstitution moderne. La chapelle du nord est placée sous le vocable de saint Mélaine.

Le chœur est lui aussi désaxé par rapport à la nef et s’incline vers le nord. Il est composé d’une travée voûtée d’un berceau en plein cintre et se termine par l’abside semi- circulaire voûtée en cul-de-four. Cinq arcades, retombant sur des piles cylindriques, la séparent du déambulatoire qui circule autour de lui. Une arcature aveugle surmonte ces arcades, au-dessus duquel s’ouvrent cinq fenêtres en plein cintre. Il existait primitivement trois chapelles absidales. Seule la chapelle médiane a subsisté. Elle est composée d’une travée suivie d’une absidiole semi-circulaire. On y remarque une statue de la Vierge du XVIIIe siècle. Les deux chapelles absidales latérales ont disparu lors de la restauration de l’église en 1873.

Sous le chœur existait autrefois une crypte. Les voûtes de celle-ci s’écroulèrent lors du sac de 1562 et elle fut comblée par des décombres. Au milieu du XVIIIe siècle la famille de Breteuil la fit déblayer en partie pour y aménager un petit caveau où plusieurs de ses membres sont inhumés. Ce caveau fut dévasté et dépouillé de ses cercueils de plomb pendant la Révolution.

Au sud de l’église et adjacent au croisillon méridional, subsiste un bâtiment du XVIe siècle, qui limite à l’est le préau du cloître de l’abbaye. Son rez-de-chaussée est occupé en partie par la salle capitulaire, carrée et divisée en quatre travées, voûtées sur croisées d’ogives retombant d’une part sur le chapiteau d’une colonne centrale et d’autre part sur des culs-de-lampe. Une porte en arc surbaissé donne accès à cette salle, éclairée de chaque côté de cette porte par des fenêtres jumelles circonscrites par un arc en plein cintre. A la muraille orientale se voit un bas-relief mutilé représentant la Crucifixion. Au delà, la façade de ce bâtiment présente au rez-de-chaussée quatre arcades, aujourd’hui condamnées. Au-dessus on remarque des corbeaux sur lesquels s’appuyait la charpente qui couvrait la galerie correspondante du cloître. L’étage supérieur comprend une salle qui était le dortoir. Au sud de l’ancien préau existent des maisons canoniales du xve siècle, dont l’une est flanquée d’une tour octogonale d’escalier.